Introduction

La concordance des temps est l'un des aspects les plus délicats de la grammaire française. Elle désigne l'ensemble des règles qui régissent le choix du temps du verbe dans une proposition subordonnée en fonction du temps utilisé dans la proposition principale. Comprendre ces mécanismes permet de construire des phrases complexes et nuancées, essentielles pour exprimer des pensées élaborées en français.

Qu'est-ce que la concordance des temps ?

La concordance des temps établit une relation logique entre deux actions ou états : celui exprimé dans la proposition principale et celui de la proposition subordonnée. Cette relation peut être de simultanéité, d'antériorité ou de postériorité.

Prenons un exemple simple :

  • Il dit (présent) qu'il viendra (futur) → action future par rapport au moment présent
  • Il a dit (passé composé) qu'il viendrait (conditionnel) → action future par rapport au moment passé

Le temps de la subordonnée change selon le temps de la principale, même si l'idée reste identique : une action à venir.

Les règles principales selon le type de subordonnée

Avec les subordonnées complétives (introduites par "que")

C'est le cas le plus fréquent et celui qui pose le plus de difficultés aux apprenants.

Quand la principale est au présent ou au futur :

  • Simultanéité : subordonnée au présent
  • Je pense qu'il est malade.
  • Antériorité : subordonnée au passé composé ou imparfait
  • Je crois qu'il a oublié son rendez-vous.
  • Je sais qu'il était fatigué hier.
  • Postériorité : subordonnée au futur
  • J'espère qu'il viendra demain.

Quand la principale est au passé (passé composé, imparfait, passé simple) :

  • Simultanéité : subordonnée à l'imparfait
  • Je pensais qu'il était malade.
  • Antériorité : subordonnée au plus-que-parfait
  • J'ai cru qu'il avait oublié son rendez-vous.
  • Postériorité : subordonnée au conditionnel présent
  • J'espérais qu'il viendrait le lendemain.

Cette dernière règle surprend souvent : le conditionnel exprime ici une action future vue depuis le passé, pas une hypothèse.

Avec les subordonnées au subjonctif

Lorsque la subordonnée exige le subjonctif (après des verbes de volonté, de doute, d'émotion), la concordance se simplifie :

Principale au présent ou futur :

  • Simultanéité ou postériorité : subjonctif présent
  • Je veux qu'il vienne.
  • Antériorité : subjonctif passé
  • Je regrette qu'il soit parti.

Principale au passé :

En français moderne courant, on utilise généralement le subjonctif présent ou passé, même si la principale est au passé :

  • Je voulais qu'il vienne. (usage courant)
  • Je regrettais qu'il soit parti. (usage courant)

Le subjonctif imparfait et plus-que-parfait (qu'il vînt, qu'il fût venu) existent mais appartiennent au registre littéraire soutenu et ne sont plus utilisés à l'oral.

Avec les subordonnées de condition (si)

Les propositions introduites par si suivent des règles strictes qui ne relèvent pas exactement de la concordance des temps classique, mais qu'il est utile de rappeler :

  • Si + présent → principale au présent, futur ou impératif
  • Si tu viens, je serai content.
  • Si + imparfait → principale au conditionnel présent
  • Si tu venais, je serais content.
  • Si + plus-que-parfait → principale au conditionnel passé
  • Si tu étais venu, j'aurais été content.

Important : On ne met jamais de conditionnel ou de futur directement après "si" dans une hypothèse.

Erreurs fréquentes et comment les éviter

Erreur n°1 : Utiliser le futur après "si" conditionnel

❌ Si tu viendras, je serai content. ✅ Si tu viens, je serai content.

Cette erreur vient souvent d'une traduction littérale de l'anglais ("if you will come").

Erreur n°2 : Oublier le conditionnel dans le discours indirect au passé

❌ Il a dit qu'il viendra demain. ✅ Il a dit qu'il viendrait demain.

Quand on rapporte des paroles au passé, le futur de la phrase originale devient conditionnel.

Erreur n°3 : Confondre simultanéité et antériorité

❌ Je pensais qu'il a été malade. (mélange de temps incohérent) ✅ Je pensais qu'il était malade. (simultanéité dans le passé) ✅ Je pensais qu'il avait été malade. (antériorité : malade avant que je le pense)

La nuance est subtile mais change le sens de la phrase.

Erreur n°4 : Appliquer la concordance avec des vérités générales

Quand la subordonnée exprime une vérité générale ou un fait toujours vrai, on peut garder le présent même si la principale est au passé :

✅ Il m'a expliqué que la Terre tourne autour du Soleil. ✅ J'ai appris que Paris est la capitale de la France.

C'est une exception logique : ces faits restent vrais indépendamment du moment où on les énonce.

Tableau récapitulatif : concordance avec les complétives

| Temps de la principale | Rapport temporel | Temps de la subordonnée | Exemple | |------------------------|------------------|-------------------------|----------| | Présent/Futur | Simultanéité | Présent | Je pense qu'il dort. | | Présent/Futur | Antériorité | Passé composé/Imparfait | Je crois qu'il a dormi. | | Présent/Futur | Postériorité | Futur | Je pense qu'il dormira. | | Passé | Simultanéité | Imparfait | Je pensais qu'il dormait. | | Passé | Antériorité | Plus-que-parfait | Je croyais qu'il avait dormi. | | Passé | Postériorité | Conditionnel présent | Je pensais qu'il dormirait. |

Astuces pour maîtriser la concordance

1. Visualisez la chronologie

Avant de choisir votre temps, demandez-vous : l'action de la subordonnée se passe avant, pendant ou après l'action principale ? Cette question simple résout la majorité des cas.

2. Pratiquez le discours indirect

Transformer des phrases du discours direct au discours indirect est un excellent exercice :

  • Direct : Il dit : "Je viendrai demain."
  • Indirect présent : Il dit qu'il viendra demain.
  • Indirect passé : Il a dit qu'il viendrait le lendemain.

3. Lisez et écoutez du français authentique

La concordance des temps s'acquiert aussi par imprégnation. Les romans, articles de presse et podcasts vous exposent naturellement aux bonnes structures.

4. Méfiez-vous des faux amis avec votre langue maternelle

Les règles de concordance varient d'une langue à l'autre. L'anglais, l'espagnol ou l'allemand ont leurs propres logiques qui ne correspondent pas toujours au français.

Conclusion

La concordance des temps peut sembler intimidante au début, mais elle repose sur une logique cohérente : maintenir une relation temporelle claire entre les différentes actions d'une phrase. En comprenant les principes de simultanéité, d'antériorité et de postériorité, et en pratiquant régulièrement avec des exemples concrets, vous développerez progressivement une intuition naturelle. N'hésitez pas à vous exercer en transformant des phrases simples en phrases complexes, et à vérifier vos constructions en vous demandant : "Quand cette action se passe-t-elle par rapport à l'autre ?" Cette question simple est votre meilleur guide.